Assemblée Générale d’EFiGiES

Le bureau de l’association EFiGiES vous convie à son Assemblée Générale 2012, qui aura lieu le samedi 24 novembre 2012 à 15 heures à la MIE
salle des conférences (au premier étage en face des escaliers)
50 rue des Tournelles, IIIe arrondissement, métro Bastille ou Chemin vert), 
 
 
Dans un contexte de renouvellement important du bureau (départ de plusieurs membres) et de développement de l’association (plus de 1600 abonné.e.s à la liste de diffusion, nombreux ateliers, notamment locaux) un des enjeux de l’AG sera d’échanger sur le fonctionnement que nous souhaitons toutes et tous mettre en place pour l’année à venir, en plus de la discussion des différents rapports (activité, financier, orientation).
 
Nous vous invitons donc à participer massivement à cette Assemblée Générale, moment important de la vie associative.
 
Documents téléchargeables :

2005 : Le genre au croisement d’autres rapports de pouvoir

12-13 mai 2005
Journée d’étude EFiGiES
« Le genre au croisement d’autres rapports de pouvoir »

SOMMAIRE

PRÉSENTATION :

Dans le cadre du RING, et avec le soutien de l’Observatoire de la Parité, EFiGiES a organisé les 12 et 13 mai 2005, à l’IRESCO, des journées d’études sur « Le genre au croisement d’autres rapports de pouvoir ».

Comité d’organisation : Laure Bereni, Clara Domingues, Elsa Dorlin, Christelle Hamel, Liane Henneron, Emmanuelle Latour, Sophie Delvallez, Séverine Sofio, Anna Jarry-Omarova.

Comité scientifique : Christine Bard, Christian Baudelot, Marc Bessin, Michel Bozon, Dominique Fougeyrollas, Nacira Guénif, Héléna Hirata, Danièle Kergoat, Nicky Le Feuvre, Brigitte Lhomond, Nicole Mosconi, Michèle Riot-Sarcey, Hélène Rouch, Françoise Thébaud, Eleni Varikas, Claude Zaidman.

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APPEL À COMMUNICATIONS :

« L’entrée des minoritaires dans le domaine théorique ne conduit pas à proprement parler à un “affinement” ou à une “diversification” des connaissances. Cela certes peut se produire, mais l’essentiel n’est pas là, il est dans le bouleversement des perspectives, dans la subversion qu’ils introduisent (…) Ces textes minoritaires, dont déjà la publication n’est pas aisée, sont à leur parution considérés à la fois comme légers et dangereux, comme plaisanterie de plus ou moins bon goût et menace. Mais après, il n’est plus jamais question de poser les problèmes de la même façon qu’antérieurement. » Colette GUILLAUMIN, Sexe, Race et Pratique du Pouvoir, pp. 223-225.

L’association EFiGiES organise des journées d’études sur l’imbrication de la hiérarchie de genre avec d’autres formes de hiérarchisation sociale, comme l’âge, la « race », l’orientation sexuelle, la classe, la maladie ou le handicap. Ce projet se situe dans le sillage des travaux de Colette Guillaumin et entend lui rendre hommage. En analysant conjointement les notions de race et de sexe, elle a permis d’éclairer les mécanismes à l’œuvre dans chacun de ces systèmes de dominations sociales que sont le racisme et le sexisme. La richesse analytique produite par cette méthode qui consiste à comparer divers types de rapports de pouvoir nous invite aujourd’hui à la reprendre.

L’introduction du concept de genre dans les recherches en sciences humaines et sociales a permis de sortir d’une vision jusqu’alors tronquée des réalités sociales. Ainsi, il ne nous semble plus possible aujourd’hui de parler des ouvriers en oubliant qu’ils sont aussi des ouvrières. Les études féministes – à l’instar d’autres théories produites à partir d’autres mouvements sociaux – ont ébranlé le caractère central et exclusif des rapports de classe dans la définition des mécanismes de domination. Désormais, il ne semble plus possible d’aborder des rapports de pouvoir sans s’interroger sur les effets du genre. De nombreuses catégories politiques et scientifiques établies, comme les oppositions famille/travail ou public/privé ont également été remises en cause à partir des perspectives féministes.

Or ces études, tout en contribuant à complexifier les catégories sociales, ont aussi eu parfois tendance à créer une catégorie unifiée et uniforme, celle des “femmes”. Si la construction d’un tel référent a été historiquement indispensable à l’élaboration d’une conscience politique commune – et donc au développement des perspectives féministes dans la recherche –, elle a cependant induit certains points aveugles. En effet, les mécanismes de domination dont les femmes sont les victimes ont longtemps été mesurés à l’aune de la vie des seules femmes des classes moyennes, et les textes produits par les féministes issues des groupes minoritaires racisés sont demeurés largement inconnus. Or on sait que la multiplicité des appartenances sociales module les manifestations de chaque système de domination : par exemple, le racisme prend des formes différentes selon qu’il s’applique aux hommes ou aux femmes d’un même groupe, et le sexisme ne s’exprime pas de manière identique envers une femme hétérosexuelle ou envers une femme lesbienne.

Les communicant-e-s sont ainsi invité-e-s à analyser les modalités d’articulation entre la hiérarchie de genre et les autres principes de domination, en développant par exemple l’un des thèmes suivants :

  • D’abord, il est suggéré d’analyser les situations de cumul des modes de domination : que signifie être simultanément victime de discriminations liées au sexe, à l’âge et à l’orientation sexuelle par exemple ? Comment s’articulent ces différents types de domination, quels sont les paramètres qui font primer certains sur d’autres dans divers contextes historiques et sociaux ?
  • En outre, nous invitons les communicant-e-s à étudier les effets des positionnements multiples des individu-e-s sur les différentes échelles de hiérarchisation sociale : comment se combinent par exemple la situation d’infériorisation d’une femme sur l’échelle “ raciale ” avec une position dominante sur l’échelle de l’âge ou de la maladie ? Une telle approche permet de complexifier le statut de “victime” des rapports de pouvoir, en montrant que la multipositionnalité des individu-e-s leur permet parfois de développer des stratégies de résistance, en jouant sur plusieurs types d’appartenance et en les faisant jouer le cas échéant les uns contre les autres. Dans cette perspective, nous invitons notamment à réfléchir sur les rapports de domination parmi les femmes (entre « blanches » et « noires » ou « arabes », entre « nationales » et  « migrantes », « immigrées » ou « étrangères », entre travailleuses et chômeuses, entre « femmes actives » et « femmes au foyer », « femmes de ménage », entre « vieilles » et « jeunes »,  entre hétérosexuelles et lesbiennes, etc.).
  • Il est également proposé d’appréhender les mécanismes par lesquels la hiérarchie de genre et les autres rapports de pouvoir se perpétuent, tout en subissant des évolutions au cours du temps. Quelles stratégies de résistance, individuelles et/ou collectives, sont déployées face à ces situations croisées de domination ? Quelles transformations sociales et cognitives les luttes collectives ou les pratiques individuelles permettent-elles ?
  • Enfin, il est suggéré de se demander dans quelle mesure cette appréhension croisée des rapports de domination permet d’affiner ou de redéfinir non seulement le concept de genre lui-même, mais aussi les autres rapports de pouvoir étudiés.

Ces journées d’études sont ouvertes aux doctorant·e·s et post-doctorant·e·s et requièrent des communicant·e·s qu’ils/elles présentent des travaux conjuguant au moins une approche transversale avec celle du genre tels que rapports de classe sociale, rapports de race, etc. Les propositions peuvent relever des différentes disciplines propres aux Lettres, à l’Histoire de l’Art ou aux Sciences Humaines et Sociales, et pourront être tout autant des réflexions théoriques et/ou épistémologiques que des exposés empiriques ou des études de cas.

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PROGRAMME :

Jeudi 12 mai 2005

9h : Présentation d’EFiGiES par Séverine Sofio et du RING par Claude Zaidman
9h15 : Hommage à Colette Guillaumin par Elsa Dorlin et Christelle Hamel

9h30 : Atelier « Construction des savoirs »
Malika Bakhouche : « Rapport de l’ethnologue à son terrain »
Hanna Meissner: « Différences, Hiérarchies et Capitalisme »
* Animatrice : Anne Revillard
* Discutante : Hélène Rouch

11h30 : Atelier « Engagements politiques »
Stéphanie Guyon : « Cheffe coutumière et candidate aux Régionales. Rapports sociaux de sexe et de race dans l’analyse d’une entrée en politique »
Anna Jarry-Omorova : « Genre et nomadisme : Le cas unique de la Mongolie »
Irénée Ramos : « La participation des femmes dans le mouvement indien au Mexique »
* Animatrice : Emmanuelle Latour
* Discutantes : Nicky Le Feuvre et Stéphanie Tawa Lama Rewal

14h30 : Atelier « Nation »
Marina Allal : « Antisémitisme et hiérarchie sexuelle »
Elisabeth Marteu : « Les Palestiniennes citoyennes arabes d’Israël ou le piège d’une stigmatisation multiple »
Catherine Odimba Kombe : « Cas des relations de genre entre la femme pygmée et la femme bantou en république démocratique du Congo »
* Animatrice : Laure Bereni
* Discutant·e·s : Eléni Varikas et Christian Baudelot

16h30 : Atelier « Migrations »
Dominique Giabiconi : « “Filles de l’est” : construction d’une féminité racisée« 
Linda Guerry : « Genre, immigration et nationalité (Marseille1918-1939)« 
Laurenn Guyot : « L’entrée des femmes kurdes sur la scène politique : entre résistance armée et pacifisme »
* Animatrice : Christelle Hamel
* Discutantes : Nacira Guénif et Héléna Hirata

18h : Projection du film de Lucile Chaufour « Violent days » (2003), 106 mn.
Grand Prix du festival de Belfort 2004 – Sélection Berlinale 2005

Vendredi 13 mai 2005

9h30 : Atelier « Colonialismes »
Laetitia Dechaufour : « Les femmes autochtones au Québec à l’intersection des rapports sociaux de sexe et du rapport colonial »
Marie Rodet : « Le Droit colonial et la condition de la femme en Afrique Occidentale Française à l’exemple de la région de Kayes, Soudan Français (1918-1938) »
Myriam Paris : « Genre, “race” et esclavage dans le processus de construction d’un stéréotype : « la créole mulâtresse » dans l’imaginaire colonial à Bourbon au début du 18e siècle »
* Animatrice : Elsa Dorlin
* Discutantes : Françoise Thébaud et Véronique de Rudder

11h30 : Atelier « Corps, violences et stigmates »
Virginie Chasles : « Entre genre et caste : la condition féminine en Inde »
Alice Debauche : « Le jeu des rapports de classe et de race dans le crime sexiste de viol »
Dolores Pourette : « Le VIH/sida comme facteur d’émancipation des normes relatives à la sexualité et au mariage : l’exemple des migrantes originaires d’Afrique subsaharienne »
* Animatrice : Natacha Chetcuti
* Discutant·e·s : Brigitte Lhomond et Marc Bessin

14h30 : Atelier « Stratégies d’émancipation »
Irène Jonas : « Le cas des femmes trentenaires, actives et célibataires »
Julie Deville : « Hiérarchisations croisées : genre, position sociale et ethnicité »
Régis Revenin : « L’homosexualité masculine dans le Paris de la Belle Epoque : transgression des hiérarchies et valeurs nationales, sociales et “raciales” »
* Animatrice : Séverine Sofio
* Discutant·e·s : Michel Bozon et Nicole Mosconi

16h30 : Atelier « Féminismes »
Sophie Delvallez : « À propos de “l’émancipation du prolétaire et de la femme” chez les saintsimoniens »
Alban Jacquemart : « L’engagement d’hommes féministes à la Ligue des droits de l’Homme (1898-1940) »
Elsa Galérand : « Les clivages politiques et la dynamique des rapports sociaux : l’expérience de la Marche mondiale des femmes (1995-2001) »
* Animatrice : Liane Henneron
* Discutantes : Danielle Kergoat et Dominique Fougeyrollas

18h : Bilan des journées par Michèle Riot-Sarcey

Pour télécharger le programme, cliquer ici.

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RÉSUMÉS DES COMMUNICATIONS :

Virginie Chasles : « Entre Genre et Caste : La Condition Féminine en Inde »

L’une des matérialités immédiatement perceptible de la dévalorisation du féminin en Inde est la composition de la population qui révèle un déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes. Avec un sex ratio en 2001 de 933 femmes pour 1000 hommes, l’Inde se démarque du reste du monde, puisque partout ailleurs, le nombre de femmes est environ égal à celui des hommes, voire même légèrement supérieur. Les discriminations, qui sous-tendent cette situation, se nourrissent de fondements culturels androcentriques, qui se font alors l’écho de la valence différentielle entre les sexes qui prévaut en Inde. Cette mise en position sociale de la femme, en tant que mineure, se trouve en outre exacerbée par le mode de fonctionnement communautaire qui régit la société. Le groupe primant sur l’individu, les normes guidant ses comportements affichent une visibilité particulièrement marquée. Si ceci illustre relativement bien la relation d’un Indien avec sa caste, c’est davantage manifeste encore pour la femme, qui elle doit se référer non seulement à sa caste mais également aux hommes de son cercle familial, et par extension de sa communauté. Autrement dit, si dans presque toutes les sociétés, l’identité de la femme se définit par sa relation aux autres, c’est davantage marqué encore pour les Indiennes, et ce d’autant plus qu’elles appartiennent à une caste élevée hiérarchiquement, puisque dans ce cas, le contrôle social s’avère particulièrement virulent.

Laëtitia Dechaufour : « Les Femmes Autochtones au Québec à l’Intersection des Rapports Sociaux de Sexe et du Rapport Colonial »

L’association des Femmes Autochtones du Québec regroupe des femmes issues de diverses nations amérindiennes qui luttent contre les lois discriminatoires qui les touchent et qui les excluent des instances politiques qui régissent leurs communautés, contre une violence généralisée et pour la reconnaissance de leur droit à l’égalité et à la justice. A travers ces luttes, elles confrontent à la fois la société coloniale et leurs propres communautés. Dans cette communication, je fais l’hypothèse que les tensions qui jaillissent des pratiques militantes de l’association des Femmes Autochtones du Québec nous informent de l’articulation des rapports sociaux de sexe et du rapport colonial. La lutte contre les violences faites aux femmes en milieu autochtone, de même que la lutte vers l’autonomie politique, sont pensées dans un contexte complexe d’imbrication des rapports de domination, ce qui amène les femmes autochtones à la fois à contester les analyses du féminisme dominant mais aussi à combattre le sexisme dans et hors de leurs communautés.

Elsa Galerand : « Les Clivages Politiques et la Dynamique des Rapports Sociaux : L’expérience de la Marche Mondiale des Femmes (1995-2001) »

À partir du cadre théorique formalisé par D. Kergoat sous le concept de consubstantialité des rapports sociaux, on peut construire une première série d’hypothèses concernant le degré d’unification du collectif transnational qui s’est formé avec la Marche mondiale des femmes (1995-2001). C’est dans et par leurs rapports antagoniques aux groupes des hommes que les femmes constituent un groupe mobilisable, alors qu’elles forment un groupe intrinsèquement clivé dans les autres rapports sociaux. Si on applique ce raisonnement mécaniquement suivant une logique de dissociation, on devrait donc trouver des convergences sur le terrain des RSS et des clivages sur le racisme, le colonialisme, le capitalisme au sein du collectif observé. Mais ces hypothèses ne résistent pas à l’analyse. Les contradictions objectives entre femmes ne suffisent pas à expliquer les divisions politiques qui ont fragilisé ce collectif non-mixte.

Linda Guerry : « Genre, Immigration et Nationalité (Marseille, 1918-1939) »

L’objet de cette communication est d’interroger la catégorie de genre dans l’exclusion et l’intégration des immigrants dans la France de « l’entre-deux-guerres ». Veut-on intégrer des hommes et des femmes ? Qu’est-ce qu’un homme ou une femme assimilable ? Quelles sont les stratégies des individus face aux contraintes qu’ils rencontrent ? Après la première guerre mondiale, l’immigration familiale est souhaitée tandis que les impératifs économiques priment parfois sur les préoccupations démographiques. Cette analyse historique de la dimension « genrée » de la politique d’immigration et de naturalisation atteste une certaine ambivalence quant aux assignations sexuées et souligne l’importance du contexte dans pratiques discriminatoires.

Laurenn Guyot : L’entrée des Femmes Kurdes sur la Scène Politique : Entre Résistance Armée et Pacifisme

Ces dernières années, nous avons pu assister à la naissance de mouvements de revendications féministes spécifiquement kurdes dont le message est clair : après avoir lutté contre la domination turque, les femmes kurdes doivent maintenant lutter contre la domination des hommes dans leur communauté. Cette situation est commune à une grande partie de la population kurde quelque soit son origine, néanmoins, au vu de l’ampleur numérique des kurdes originaires de Turquie (entre 16 et 18 millions), il semble pertinent de restreindre l’analyse à ces derniers. Cette recherche se penchera plus particulièrement sur un mouvement aux formes totalitaires mais dont l’impact sur la communauté kurde dans son ensemble est indéniable : le Parti des femmes libres (PJA). Ce qui est intéressant ici c’est que le PJA a pour spécificité d’être autant une organisation civile que militaire. En effet, les femmes, face au manque de considération dont elles bénéficiait ou à la peur qu’elles suscitaient ont dû s’adapter au contexte particulier du Nord de la Turquie et prendre les armes aux côtés des hommes afin de se faire respecter. Or ces militantes essayent de faire passer un message de non violence.
D’après nos observations, la situation des femmes au sein de la communauté kurde est assez ambiguë puisque la violence privée reste le lot commun alors que les femmes sont présentes dans les sphères politiques et ont réussi à y faire souffler un vent de pacifisme. Il y a un réel décalage entre leur existence publique, le message qu’elles essaient de faire passer et sa mise en pratique dans la réalité. Cette constatation entre en contradiction évidente avec l’idée selon laquelle lorsque les femmes ont un certain contrôle sur leur sécurité, sur le système dans lequel elles vivent, une diminution de la violence privée est garantie. Comment expliquer cette opposition entre la force politique des femmes kurdes et leur insécurité au sein de leurs familles ?
Notre hypothèse est que la guerre a très largement influencé les structures sociales et politiques et qu’elle a par conséquent fragilisé l’équilibre des genres au point de bouleverser l’image des femmes. En effet, l’engagement de certaines femmes dans la guérilla et leur conséquente place dans le jeu politique fait qu’elles ne sont plus considérées comme celles qui doivent être protégées. L’affrontement turco-kurde est avant tout un conflit d’identité et en tant que tel il touche de manière croissante les civils et, les femmes et les enfants en sont les premières victimes. Or la violence se perpétue après la guerre et trouble les pratiques et les valeurs même de la communauté. Mon objectif dans cette étude est par conséquent d’analyser le travail des femmes engagées dans les mouvements kurdes et d’essayer d’expliquer leurs stratégies de pénétration des sphères politiques et leurs difficultés à être écoutées dans une communauté encore patriarcale, traditionaliste et qui a été secouée par un conflit.

Anna Jarry-Omorova : Genre et Nomadisme : Le Cas Unique de la Mongolie

Dans le cadre d’une analyse globale de l’exclusion des femmes mongoles de la sphère politique actuelle, il s’avère essentiel d’appréhender l’impact de la culture nomade au regard du genre. Si les femmes mongoles peuvent être perçues comme étant plus indépendantes que les femmes sédentaires (chinoises par exemple), et si certaines figures légendaires de reines avisées servent de référence symbolique aux femmes actuelles qui veulent entrer en politique, la société nomade n’en est pas moins patriarcale que ses voisines sédentaires, tant du point de vue symbolique- la société nomade étant guerrière, et elle est donc virile par excellence- que dans la division sexué du travail. De fait, les nouvelles candidates aux mandats électoraux ne pourront pas, ou difficilement, convoquer la culture nomade comme référence symbolique, alors que le nomadisme constitue le socle identitaire du pays. Les femmes ont donc un accès différencié au capital symbolique de la Nation de par leur sexe social, ce qui est un des éléments d’explication leur difficulté d’accès au politique.

Isabelle Marteu : Les Palestiniennes Citoyennes Arabes d’Israël ou le Piège d’une Stigmatisation Multiple

Les Palestiniennes citoyennes arabes en Israël sont confrontées à différents processus discriminatoires liés à des variables tant de genre que sociopolitiques, économiques ou encore géographiques. Si les rapports de pouvoir ont une nature et des enjeux divers, les stratégies de résistance et d’émancipation sont également à considérer dans leur multi-dimensionnalité. A des discriminations tant légales que pragmatiques et quotidiennes, se sont articulées des stratégies d’opposition aujourd’hui organisées dans un mouvement social féminin arabe revendiquant son identité palestinienne et sa conscience de genre. Supporter, identifier et combattre des inégalités doit se comprendre dans un schéma social interactionnel où les rapports de pouvoir sont historiquement construits et socialement interprétés. C’est pourquoi il est important d’inscrire la position des femmes arabes en Israël dans un cadre d’analyse souple prenant en considération la complexité identitaire des intéressées et la diversité sociale dans laquelle les rapports de pouvoir sont vécus et combattus.

Hanna Meissner : Différences, Hiérarchies et Capitalisme

À partir des contestations de femmes « minoritaires » les débats féministes dirigent leur attention vers les études des imbrications de différentes catégories sociales dans leur contextualité. La notion de structure dans un sens clos et fixe est problématisée pour obtenir une conception ouverte et flexible de la structure des rapports sociaux comme processus de contestation. Une conception de structures systémiques est pourtant nécessaire pour a ) rendre compte des contraintes qui échappent à l’intention subjective, et b) comprendre la constitution des hiérarchies sociales ainsi que les mécanismes de pouvoir dans des sociétés capitalistes. Les analyses de Butler, Foucault et Marx peuvent nous procurer des outils complémentaires pour faire face à un défi théorique important : Comprendre le genre comme construction, c’est à dire comme contingent, contextuel et constitutivement lié à d’autres catégories sociales tout en saisissant les structures qui sont transversales aux contextes différents.

Catherine Odimba-Kombe : Le cas des relations de genre entre la femme pygmée et la femme bantou en république démocratique du Congo

La femme pygmée souffre d’une double discrimination. D’abord parce qu’elle est femme, et ensuite parce qu’elle est pygmée. Ce qui suscite une réinterrogation du genre. Dans ses relations avec la femme bantoue, la femme pygmée est exploitée et ses droits sont bafoués. Cela se manifeste par : la soumission à la corvée, l’inaccessibilité aux soins de santé,  la marginalisation scolaire, etc., qui rendent difficile l’intégration de la femme pygmée. L’implication de divers acteurs tant au niveau national qu’international s’impose pour que soit réellement pris en compte le genre dans divers secteurs de la vie nationale.

Myriam Paris : Genre, « Race » et Esclavage dans le Processus de construction d’un Stéréotype : « La Créole Muâtresse » dans l’Imaginaire Colonial à Bourbon au début du 18ème siècle.

Au début du 18ème siècle, un administrateur colonial rédige un rapport intitulé « Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’Isle Bourbon ». Il y témoigne en particulier de la « conduite » des Bourbonnaises libres (et non de celle des femmes esclaves). Les femmes Blanches libres y sont plutôt jugées vertueuses et les femmes « mulâtresses » libres y sont au contraire majoritairement qualifiées de libertines, dépravées, lubriques. Si l’attention que cet administrateur porte à la « conduite » des femmes libres peut témoigner d’une domination de genre, celle-ci n’explique pas pourquoi les femmes d’un même groupe social (les libres) sont différenciées et placées dans deux catégories antagonistes. Basée sur une analyse de ce rapport administratif, cette communication examinera les différentes partitions coloniales (régime esclavagiste, hiérarchisations de couleur, différenciations racistes) qui participent de la constitution de cet antagonisme. Il s’agira d’interroger les manières dont ces partitions se combinent, se contredisent et se solidarisent ; d’examiner les façons dont elles configurent une domination de genre ; d’analyser en quoi la figure de la « créole mulâtresse », figure métisse, partagée, clivée, reflète cette configuration.

Dolores Pourette : Le VIH/SIDA comme Facteur d’émancipation des normes relatives à la sexualité et au mariage : L’exemple des migrantes originaires d’Afrique Subsaharienne

Cette communication est issue d’une recherche anthropologique en cours sur la gestion de la vie affective et sexuelle et le rapport à la maternité chez des femmes originaires d’Afrique subsaharienne vivant avec le VIH en France. Ces femmes subissent un certain nombre d’inégalités, liées à leur statut de migrantes, à leur situation socio-économique, à leur état de santé, à leur sexe. Les histoires de vie montrent cependant que le VIH et la situation migratoire peuvent constituer des ressources et être mobilisés pour remettre en cause l’inégalité des rapports sociaux de sexe dans la sexualité et pour mettre en œuvre de nouvelles stratégies matrimoniales, plus favorables aux femmes. L’annonce de la contamination peut en effet entraîner, pour les femmes, une prise de pouvoir sur leur sexualité et sur la négociation du préservatif, qui va de pair, pour certaines, avec l’accès à une vie sexuelle plus satisfaisante. Cette réappropriation, par les femmes, de leur propre sexualité s’accompagne de la mise en œuvre de nouvelles stratégies matrimoniales qui leur permettent de construire des projets de vie valorisants et de restaurer une image ternie d’elles-mêmes par l’annonce du VIH.

Marie Rodet : Le droit colonial et la condition de la femme en Afrique Occidentale française à travers l’exemple de la région de Kayes, Soudan français (1918-1938)

Le « Droit colonial » français, tout en étant un instrument essentiel de domination sur les « sujets » et de consolidation du pouvoir colonial, devait favoriser l’émancipation de l’individu selon l’idéal universaliste de la Révolution française. Cependant, il devait également respecter les coutumes « indigènes » comme le mentionnaient les traités de colonisation. Le pouvoir colonial chercha donc à « fixer » le droit supposé précolonial. Mais cet essai de codification de la coutume, en niant sa possible évolution, mena en réalité à une certaine « Invention of Tradition » (Hobsbawm, 1989: 1-14). Les chefs coutumiers remanièrent ainsi à leur profit un « droit coutumier » qui n’était jusqu’alors qu’un ensemble d’usages en évolution et de prérogatives floues. Ce fut en particulier le cas dans le domaine de la condition féminine où les intérêts du colonisateur et ceux des chefs coutumiers se rencontrèrent pour contrer le désir des femmes d’échapper à leur condition et renforcer l’autorité masculine. Ce gel de la tradition ne signifie pas pour autant que le pouvoir colonial ne fut jamais conscient d’une possible évolution de la condition des femmes dans les colonies. Le débat sur l’éventuel encouragement de cette évolution, soit par l’action juridique directe, soit par l’évolution progressive de la coutume elle-même, fut, dès les années 1920, et en particulier en ce qui concerne le « mariage indigène », très vif au sein de l’administration coloniale (Robert, 1955 : 85-86). Mais le tiraillement du pouvoir colonial entre sa « mission civilisatrice » (cf. Conklin, 1997) et son devoir de respect des coutumes empêcha, en Afrique Occidentale Française, l’émergence d’une réelle législation coloniale sur la condition de la femme africaine avant la fin des années 1930. L’étude de deux cas concrets, l’affaire Sakiliba et l’affaire Haw vont nous éclairer sur la condition féminine africaine et ses rapports avec la coutume et la législation coloniale entre les deux guerres: ces deux affaires se situent au Soudan Français dans la région de Kayes à vingt ans d’intervalle (1918 et 1938). La confrontation entre le « Droit coutumier » et les « principes de civilisation » du pouvoir colonial est en réalité au cœur de ces deux affaires. Le changement des mœurs au contact des européens commença, au Soudan Français, dès le début de la colonisation et concerna directement les femmes qui, contrairement à une opinion largement répandue, étaient tout à fait conscientes du nouvel environnement colonial et de ce qu’il pouvait signifier. Elles essayèrent dans la mesure du possible de profiter de ce nouveau contexte et de s’y adapter. L’administration coloniale savait, quant à elle, que la question de l’évolution des mœurs deviendrait un jour ou l’autre d’actualité, mais elle essaya de reculer, tant que cela fut possible, le recours à l’action législative directe, privilégiant un changement progressif de la coutume par la jurisprudence des tribunaux indigènes. Cependant, cette politique était, à terme, vouée à l’échec, le droit coutumier ne pouvant évoluer que si la justice indigène reconnaissait elle-même ce changement. Enfin, l’administration coloniale ne pouvait que recourir à une realpolitik encourageant le gel de la coutume, le principe de la domination coloniale étant par essence contraire à l’émancipation de l’individu et le respect de la coutume essentiel à la consolidation du pouvoir colonial.

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